DWIGHT ASHLEY

Ataxia (Nepenthe Music, 2006)

Dwight ASHLEY : Ataxia (Nepenthe, 2006)

L'américain Dwight Ashley s'est décidé à se lancer pleinement dans la composition en 1976, après avoir découvert Evening Star de Brian Eno et Robert Fripp. Il fit l'acquisition de synthétiseurs et autres instruments, mais les forces naturelles faillirent bien avoir raison de ses ambitions. En 1981 un incendie provoqué par la foudre dévaste son home studio, l'astreignant à une activité musicale en pointillés dans les années 80. Il reprend le chemin de la création au fur et à mesure qu'il récupère de nouveaux moyens financiers. En 1991 le hasard fait que Tim Story passe dans un studio voisin à celui où il travaille. Ils vont réaliser trois albums ensemble, A Desperate Serenity (Multimood Records, 1991), Drop on the U.S. (Lektronic Soundscapes, 1997) et Standing and Falling (Nepenthe Music, 2005). A noter au passage que Multimood est un label sur lequel Hans-Joachim Roedelius de Cluster a publié plusieurs albums dans les années 90, tandis que Nepenthe Music est dédié aux travaux de Story, Ashley et Roedelius.

Les forces naturelles deviennent ensuite sources d'inspiration pour les ambiances électroniques et expérimentales de Dwight Ashley. En août 2005, il est à la Nouvelle Orléans pour composer et quitte la ville quelques jours avant que l'ouragan Katrina et les inondations n'anéantissent la ville. La musique qu'il a composée là-bas est retravaillée et donne matière à Ataxia et à Bell Street qui verra peut-être le jour en 2007. Entre abstraction sonore et expressivité mélancolique, Ataxia rappelle certaines portions de musiques de film, notamment "Our Dark Shallow Spoil", par ses longs glissandi de cordes synthétiques rehaussées de sections de cuivre numériques. Les ambiances de Dwight Ashley sont cependant trop envahissantes pour avoir une simple fonction illustrative. Elles génèrent elles-mêmes leurs propres images cinématographiques. Des échos de foules, des ambiances ferroviaires traversent un flot sonore complexe qui se situe nettement plus du côté de Chas Smith que de Brian Eno. Quelques passages font effectivement penser à un paysage bouleversé par une catastrophe, peut-être naturelle, voire aérienne ou industrielle. Aucune percussion, aucun rythme si ce n'est une sorte de respiration interne. On ne se situe pas dans la tourmente, mais "le jour d'après", lorsque le bruissement de la vie renaît dans un univers chaotique.

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