CAN

The Lost Tapes (3CD Box Set - Spoon / Mute, 2012)

CAN : The Lost Tapes (Spoon / Mute, 2012)

Chacun en a fait l'expérience, lors d'un emménagement certains cartons sont déposés dans un recoin peu accessible et n'en bougent qu'au déménagement suivant. C'est un peu le sort qu'ont subi les deux tiers des enregistrements de CAN contenus dans le coffret 3CD The Lost Tapes. Les bandes enregistrées de 1968 à fin 1971 dans leur studio de Norvenich furent ainsi transférées dans l'Inner Space Studio, que CAN aménagea dans un ancien cinéma de Weilerswist en décembre 1971.

En 2004, péripétie salutaire, le musée Rock'n'Pop de Gronau a acheté l'Inner Space studio pour le démonter intégralement (y compris les matelas de l'armée américaine ayant servi de capitonnage) et le remonter dans ses locaux. Lors de ce déménagement l'ensemble des archives sonores de CAN sont redécouvertes, celles de la première période, et celles enregistrées à l'Inner Space jusqu'en 1977.

Des 30 heures de bandes retrouvées Irmin Schmidt et Jono Podmore en ont retenu et remasterisé une sélection époustouflante de 3 heures et quart. The Lost Tapes dépassent largement l'intérêt, déjà grand, d'une opération archivistique et muséale. Ce sont beaucoup de perles que l'on retrouve et qu'il aurait été criminel de laisser au placard.

En premier lieu « Millionenspiel », morceau instrumental doté d'une rythmique à la James Bond et d'un riff de guitare aussi effrayant qu'une scie circulaire tranchant des troncs en cadence. Beaucoup d'autres titres parmi les plus intéressants du coffret sont ceux de la période où Malcom Mooney était la voix de CAN, de 1968 à 1970 : « Deadly Doris », « Blue Rap », « Midnight Sky », « Desert »... Ce ne sont pas des chutes ou des ratés, mais des morceaux entiers enregistrées dans des conditions « live » en studio, en prise directe sur une période créative bénie pour CAN.

Les morceaux avec Damo Suzuki à la voix (au sein du groupe de 1971 à 1974) sont à peine moins nombreux. The Lost Tapes nous gratifient de l'excellent « Dead Pigeon Suite », de plus de 11 minutes, dont certains passages sont similaires à « Vitamin C » ; « Abra Cada Braxas » (d'époque Tago Mago, enregistré en live) ; « A Swan Is Born », morceau pop qui aurait pu trouver sa place sur Ege Bamyasi.

Le troisième CD couvre plutôt la période 1974-1977. La plupart des morceaux sont instrumentaux et, là aussi, quelques perles, ressortent : « Midnight Men » d'époque Landed, « Networks Forms » un live blues psychédélique de 12 minutes ; l'étonnant « Private Nocturnal », pour le coup totalement inédit puisqu'il présente une facette de CAN inconnue jusque-là : guitare acoustique, synthé planant et voix douce.

Le tout est parsemé de morceaux conçus pour le cinéma ou la télévision et de morceaux live (dont une version de « Spoon » de plus de 16 minutes). On retrouve ainsi CAN dans son essence multiforme : un groupe rock à part où les techniciens de studio sont les musiciens eux-mêmes, compositeurs aussi bien qu'improvisateurs.

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