Daniel Caux

Le Silence, les couleurs du prisme & la mécanique du temps qui passe (Editions de l'éclat, 2009)

Daniel Caux : Le Silence, les couleurs du prisme & la mécanique du temps qui passe

Daniel Caux nous a quitté en été 2008 alors qu'il avait déjà bien avancé sur ce livre rassemblant un nombre conséquent de ses articles et entretiens, pour certains inédits. Sa plume et sa voix étaient bien connues des passionnés de musiques "hors limites", pour reprendre ses mots. Il en fut l'un des éminents propagateurs par ses textes publiés dans la presse (l'Art Vivant, Art Press, Le Nouvel Observateur, Charlie Hebdo, Libération, Le Monde, etc.) par ses émissions de radio sur France Culture et France Musique, par sa participation active à l'organisation d'événements (en faisant notamment venir Albert Ayler, Sun Ra, Terry Riley et La Monte Young à la Fondation Maeght à Saint Paul de Vence, ou bien Philip Glass et Steve Reich au Festival d'Automne), par la rédaction de notes de pochettes de disques et de programmes de festivals et concerts.

Ses articles (certains judicieusement remixés en un seul pour éviter les répétitions) sont présentés selon six grandes parties qu'il avait lui-même définies : John Cage et les répétitifs ; les musiciens post-modernes ; Jazz et Free-jazz ; trois femmes hors-normes (Meredith Monk, Laurie Anderson et Nina Hagen) ; les intempestifs singuliers ; les musiques électroniques.

Le superbe titre en forme de chausse-trappe Le Silence, les couleurs du prisme & la mécanique du temps qui passe s'éclaircit au fil des pages. On peut en proposer une interprétation subjective. Le silence, c'est celui de 4'33'' de John Cage qui poussait à l'écoute de la vie elle-même dans l'acte musical ; les couleurs du prisme, c'est la palette infinie d'une musique posée comme un art à savourer avec des oreilles d'esthètes et un esprit ouvert à la transe ; la mécanique du temps qui passe, ce sont les confins du temps musical, de l'expérience sensorielle elle-même, du tempo lent ou absent, de la répétition dans le minimalisme. On aimait d'ailleurs entendre Daniel Caux parler "d'effets psycho-acoustiques précis" à propos des minimalistes répétitifs américains.

Le CD offert avec le livre, Daniel Caux de A à Z, une émission de l'Atelier de Création Radiophonique diffusée en octobre 2008, permet de réentendre sa voix rieuse présenter de nombreux extraits musicaux tirés de ses émissions, de Laurie Anderson à La Monte Young et Marian Zazeela en passant par Brian Eno, Pierre Henry, Oum Kalsoum, Nina Hagen ou encore Michael Snow. L'ouvrage présente ainsi les principaux faits d'armes de celui qui aimait à se présenter, ainsi que le rappelle Jacqueline Caux, comme étant "quelqu'un qui a mené un combat pour la musique pendant quelques décennies".

La somme que constitue cet ouvrage est déja considérable, alors même qu'elle ne contient pas tous les articles publiés par Daniel Caux. Ce n'était pas l'objectif et est-il seulement possible ? Bien sûr il aurait été redondant d'y intégrer, par exemple, celui qu'il fit paraître dans Rock & Folk d'août 1970 sur La Monte Young et Terry Riley, la preuve que ce combat, il le mena aussi sur le terrain de la pop. Dans L'Art Vivant il publia également une série d'articles, notamment sur Red Noise, Komintern et Jacques Dudon dans un dossier intitulé "La Musique en France". Dans la même revue fut aussi publié un entretien passionnant avec Colette Magny et François Tusques. Ce sont quelques autres pépites que le lecteur pourra aller patiemment chercher dans les grandes bibliothèques. La quête est en tout cas sérieusement facilitée par la publication de cet ouvrage illustré d'instants scéniques, pour beaucoup saisis par le photographe Philippe Gras. Un magnifique hommage à Daniel Caux, éclaireur joyeux qui porta les avant-gardes autant qu'il fut porté par elles.

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© Eric Deshayes - neospheres.free.fr