Wolfgang Dauner's Et Cetera

Knirsch (MPS, 1972 - réédition HGBS, 2010)

Wolfgang Dauner's Et Cetera : Knirsch (MPS, 1972)

Voici la réédition inespérée du deuxième album du groupe Et Cetera, auquel le livre Au-delà du Rock consacre un chapitre. Précisons brièvement la topographie. En 1972, le claviériste Wolfgang Dauner, le leader d'Et Cetera, est alors à la croisée des chemins de nombre de musiciens de divers horizons. Sur Knirsch ("croquer" en allemand) joue le batteur Fred Braceful. Originaire de Détroit, il co-fondera Exmagma. Sur ce disque jouent également l'éminent guitariste américain Larry Coryell et le batteur anglais Jon Hiseman. Ce dernier est un ancien de Graham Bond et Colosseum. A leurs côtés figure le contrebassiste Günter Lenz. Il joua entre autres avec le pianiste Krzysztof Komeda, l'auteur des stupéfiantes musiques des premiers Polanski. Richard Ketterer apparaît à la voix et aux effets sonores. On a tout de même là une équipée pas piquée des hannetons ! La symbiose de ces talents donne corps à un disque particulièrement inventif et hors normes, si ce n'est celles d'une fusion détonnante.

Le morceau d'ouverture The Really Great Escape, le seul morceau chanté, est signé Coryell et rappelle l'époque où le blues-rock hésitait entre deux larges boulevards qui s'ouvraient devant lui : le rock progressif et le heavy metal. Les titres suivants de Knirsch offrent un pur jus jouissif de fusion au sens le plus honorable du terme: les inspirations jazz, rock, avant-garde électronique et world avant l'heure se fondent en une chose "autre" réussie et enivrante. Yin est une excellentissime reprise d'un thème de Larry Coryell, sur laquelle Wolfgang Dauner joue des sons de synthèse avec maestria. Le long Yan démarre également par des sons électroniques triturés aux potentiomètres, avant qu'une accalmie s'installe par la grâce d'une guitare et d'un piano électrique. Le jeu laisse ensuite le champ à des percussions minimalistes, façon Drumming de Steve Reich. Elles viennent peu à peu servir de tapis rythmique pour un piano préparé et des manipulations électroacoustiques sur bandes. Le morceau Tuning Spread est aussi totalement "hors calibres". Les claviers, guitares et percussions s'entrecroisent jusqu'à nous perdre, avant de nous rattraper au vol par le retour d'un thème de relance.

La réédition est inespérée et qui plus est en un beau format digipack. Mieux vaut acquérir ce disque illico avant qu'il ne redevienne l'un des secrets les mieux gardés du jazz-rock allemand !

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© Eric Deshayes - neospheres.free.fr