Focus sur le rock en France

Analyser les musiques actuelles (Éditions Delatour, 2014).

Textes de Audrey Orillard, Éric Deshayes, Jean-Marc Warzwaski, Pierre-Albert Castanet, Benoît Delaune, Philippe Gonin, Philippe Lalitte, Sébastien Saint- André et Allan F. Moore, réunis et édités par Philippe Gonin.

Philippe GONIN : Focus sur le rock en France, analyser les musiques actuelles (Éditions Delatour, 2014).

Focus sur le rock en France fait suite aux journées d'études Le Rock expérimental dans l'espace francophone durant les années 1970, à l'Université de Bourgogne entre 2008 et 2012. L'ouvrage propose des réflexions méthodologiques et des applications concrètes. Restituons en les grandes lignes en reprenant son sommaire.

« Des musiques et des mots autour du yéyé» d'Audrey Orillard précise le contexte de l'apparition du yéyé en France, porté par les mêmes structures de diffusion et de production qui étaient jusque-là celles du jazz. Son analyse montre l'évolution de l'appellation yéyé, de portée sociale avec son emploi par Edgar Morin, elle fut cependant essentiellement utilisée par ses détracteurs. Tombée en désuétude, elle est revenue avec la vague nostalgique dès les années 1980.

«Dix années de disques, 1969-1979 : la production discographique du rock expérimental en France» de Éric Deshayes reprend et enrichit de notes et d'une discographie le chapitre "Sillons alternatifs" de l'ouvrage L'underground musical en France (éditions Le mot et le reste, 2008, réédition 2013). Il retrace l'avènement de l'expérimentation dans le rock français, partie d'un terreau blues, s'affirmant avec l'ère psychédélique et entraînant le développement de labels indépendants et circuits de diffusion alternatifs.

« Le rock underground français des années 1970 : Témoignage, mémoire collective, histoire » de Jean-Marc Warzwaski, musicologue et témoin direct, met en perspective sa propre expérience. Il interroge la valeur du témoignage dans la constitution de l'objet historique depuis l'antiquité jusqu'à l'avènement de Wikipédia, concluant la première partie par la très belle phrase : « Je ne pense pas qu'il y ait ici d'autre méthode que la pugnacité dans l'anarchie, d'autres limites que celles des moyens qu'on peut avoir, qu'on veut bien se donner, ou trouver chez les autres et autres disciplines ». Il apporte ensuite son témoignage de membre du groupe Herbe Rouge, qui a été signataire du Manifeste du Front de libération de la Rock Music.

Dans « Du rock dans la musique contemporaine », Pierre-Albert Castanet relate les nombreuses incorporations de rock et de pop dans les oeuvres de compositeurs de musique contemporaine (Pierre Henry et Michel Colombier, Bernard Parmegiani, Tristant Murail, James Dillon, Fausto Romitelli, Györgi Ligeti...).

« L'esthétique du collage et l'influence des techniques d'enregistrements : Moving Gelatine Plate » de Benoît Delaune pose la question du terme "expérimental" accolé au rock et propose de plutôt s'orienter vers les termes de en opposition et en rupture. Il analyse de «X25» de Moving Gelatine Plate groupe ayant existé de 1969 à 1972.

Philippe Gonin propose avec « Boucles et répétitions dans la musique de Jannick Top : Un chemin vers la transe » une analyse d'Infernal Machina de 2000 de Jannick Top, ancien bassiste de Magma.

« Le temps de l'expérimentation et l'expérience du temps chez Richard Pinhas ». Après avoir mis en perspective le terme "expérimental" à travers le XXème siècle, Philippe Lalitte souligne que dans le domaine du rock, le vecteur d'expérimentation important a été l'apparition des premiers synthétiseurs modulaires. Philippe Lalitte analyse la musique de Richard Pinhas (Heldon) et met en lumière, de manière très claire, son approche philosophique et son application concrète : le surgissement d'une autre temporalité par le principe de modulation synthétique continue.

« L'analyse du discours musical dans le rock : l'exemple de "1,000,000" de Nine Inch Nails ». Constatant que l'approche par la partition des musiques actuelles pose problème (le rock, ce ne sont pas fondamentalement des compositions écrites comme en musique classique), Sébastien Saint-André argumente sur la nécessité de faire une analyse de l'oeuvre enregistrée, le phonogramme, en particulier la mise en espace des sons. Il analyse "1,000,000" de Nine Inch Nails de 2008 de manière traditionnelle, puis par une transcription avec l'outil de visualisation de l'espace sonore "sound-box" d'Allan Moore et Ruth Dockwray.

« Outils informatiques et méthodes pour l'analyse des musiques actuelles » de Philippe Lalitte souligne également la nécessité de recourir à de nouveaux outils pour analyser les musiques enregistrées sur support, notamment l'analyse musicale assistée par ordinateur (AMAO), ses possibilités en spectrographie, les différents logiciels de visualisations. Les titres « A Saucerful Of Secrets » de Pink Floyd de 1968 et « Heroes » de David Bowie de 1977 sont passés au crible.

Dans « Approche analytique du processus génétique : L'histoire de Melody Nelson de Serge Gainsbourg », Philippe Gonin propose de décrypter le processus de création, des prémices du projet jusqu'à la réalisation finale de L'histoire de Melody Nelson en 1971. Il expose la mise en place des éléments, les textes (et leurs sources d'inspiration), les compositions, les rythmiques, les cordes, la prise de son, le mixage... Il souligne l'importance du compositeur et arrangeur Jean-Claude Vannier dans le processus, apporte un éclaircissement sur l'identité des musiciens anglais jouant sur ce concept-album.

Allan F. Moore : « Dystopian Progression ». Le texte en anglais d'Allan F. Moore analyse la dystopie dans le rock progressif en particulier chez King Crimson, Van der Graaf Generator et Genesis.

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© Eric Deshayes - neospheres.free.fr