Denis Frajerman

Herbes & Golems (Psych.KG, 2018).

Denis Frajerman, Herbes & Golems (Psych.KG, 2018).

C'est toujours un plaisir d'apprendre la sortie d'un nouvel album de Denis Frajerman, car c'est la sûreté d'être projeté dans un imaginaire de steppe sibérienne, au plus proche de l'élément végétal, là où la beauté foisonnante n'en cache pas moins en trompe l'oeil un danger de mort imminente.

Le plaisir est d'autant plus grand avec Herbes & Golems que l'idée originelle qui l'a animé est de constituer une suite à son premier album solo Les Suites Volodine, celui-là même qui nous avait pour la première fois projeté dans l'univers du post-exotisme d'Antoine Volodine. À l'époque cela provoqua en retour pour nous la découverte de ce magnifique auteur du post-apocalyptisme totalitariste, de ses premiers écrits dans la collection de science-fiction « Présence du futur » à Des anges mineurs (éditions de L'Olivier, 2001) en particulier. Denis Frajerman s'inspire vingt ans plus tard, de Herbes et golems (éditions de L'Olivier, 2015) de Manuela Draeger (l'un des nombreux hétéronymes d'Antoine Volodine). Ainsi donc, nous retrouvons des éléments que Denis Frajerman n'a jamais vraiment laissés de côté : des rythmes de transe, des bruissements, des cris et chants d'animaux et d'oiseaux, quelques autres atmosphères empruntées à l'infinie palette fournie par la nature, ici la menace d'un loup, là une averse orageuse faisant parler le dieu-tonnerre, ou encore l'habileté de mélodies doucement inquiétantes. Le tout est servi par un poly-instrumentiste jouant avec les limites techniques, car Denis Frajerman agit seul sur ce disque, comme au temps des Suites Volodine. Il y a bien sûr quelque chose de chamanique dans Herbes & Golems, la musique ouvre un intriguant point de passage vers l'autre monde, celui des esprits.

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© Eric Deshayes - neospheres.free.fr