Guillaume Belhomme et Philippe Robert

FREE FIGHT: This is our (new) thing (Camion Blanc, 2012)

Guillaume Belhomme et Philippe Robert : FREE FIGHT This is our (new) thing (Camion Blanc, 2012)

Petite mise aux poings personnelle : ma découverte du jazz est liée à la boxe. Il y a deux décennies Alain Gerber narrait sur les ondes de Radio France, avec un sens du récit imparable, le déroulement de The Greatest Jazz Concert Ever. Le 15 mai 1953 au Massey Hall de Toronto, Charlie Parker, Dizzy Gillespie, Bud Powell, Charles Mingus et Max Roach en venaient presque aux empoignades. Ils étaient en fait tous soucieux d'un autre événement qui se déroulait au même moment : la rencontre des poids lourds Rocky Marciano et Jersey Joe Walcott sur un ring de Chicago. Le jazz et la boxe ont toujours entretenu des liens secrets, question de performance physique, de respiration et de rythme. Comptent aussi les faits d'armes légendaires et dates fatidiques qui incitent aux acquisitions fétichistes : de la paire de gants portée aux disques depuis longtemps recherchés.

Guillaume Belhomme et Philippe Robert ne s'en cachent pas, c'est à une forme de fétichisme, parfois obligé en raison de rééditions absentes, qu'ils s'adonnent. Ainsi les pochettes de disques sont photographiées et mises en scène autant pour illustrer le propos que mettre en valeur l'objet et inviter à observer d'autres références, quotidiennes et culturelles, en arrière-plan. C'était le meilleur moyen d'illustrer l'expérience de l'écoute (et de l'écriture). Elle est souvent un va-et-vient entre la musique, la pochette du disque et d'autres informations glanées ailleurs en cas de besoin.

Pour le commentaire de ce match virtuel, s'il faut comparer les jeux de jambes de Guillaume Belhomme et de Philippe Robert, la force des coups droits et l'adresse à l'esquive, on repère surtout des points communs : vélocité dans l'approche par la référence et éclaircissements par la citation habile. FREE FIGHT est ainsi un jeu où l'érudition n'est pas gratuite, mais le moyen le plus sûr et vigoureux d'expliquer à la fois le ressenti à l'écoute et les intentions des belligérants. Sont ainsi abordées les scènes Free Jazz (ou plutôt « Jazz Hardcore » pour reprendre une citation de Thurston Moore) des Etats-Unis, d'Europe, du Japon et parfois d'ailleurs.

On en apprend ainsi un peu plus sur les connexions entre Barney Wilen et Etienne O'Leary, l'apport de Wolfgang Dauner en Europe et au Japon, l'influence de Patty Waters sur Yoko Ono et Diamanda Galas, les déboires de Colette Magny avec les services administratifs français. On découvre nombre de musiciens méconnus. En effet, les 72 textes partent chacun d'un disque en particulier, mais c'est à chaque fois une brassée d'autres objets et événements qui s'anime. Un beau match qui donne envie d e partir en quête de vinyles et CD pour les écouter, et les lire.

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© Eric Deshayes - neospheres.free.fr