Guillaume Kosmicki

FREE PARTY : une histoire, des histoires (éd. le mot et le reste, 2010)

Guillaume Kosmicki : FREE PARTY, une histoire, des histoires (éditions le mot et le reste)

La forme de l'ouvrage ne pouvait mieux coller au sujet : des dizaines d'entretiens éclatés et réagencés en une somme de plus de 700 pages (en comptant les annexes ; le livre est également accompagné d'un cd de 14 titres). Trois grandes parties structurent tout de même chronologiquement l'ensemble : "la découverte", "franchir le pas", "et après...". Un travail de synthèse plus conventionnel aurait sans doute permis plus de concision et de clarté, mais le résultat aurait forcément été partial, moins riche. Ici c'est l'énergie brute des entretiens qui est préservée. FREE PARTY, ce sont des parcours personnels qui se rejoignent lors de rassemblements aux rythmes des sound systems dans le but de kiffer la vibe, de s'abandonner à la transe avec ou sans adjonction de substances psychotropes. L'impression de vivre collectivement quelque chose d'extrêmement fort est relaté à de nombreuses reprises, tout comme l'impression de vivre une utopie transperçant le réel.

On croise et recroise tel ou tel participant et peu à peu se dessine l'histoire touffue de la free party, de l'emblématique équipe anglaise de Spiral Tribe, qui organisa ses premières fêtes en France en 1993, aux activistes de Teknokrates, OQP, Sound Conspiracy, Alliés-Nés, et bien d'autres. On se familiarise, au sens propre, avec eux à travers leurs témoignages apportant des angles de vue contrastés sur les free parties et teknivals (Beauvais, Millau, Tarnos, Vitry-le-François, Courcelles...). L'engouement pour cette culture alternative est tel qu'à la fin des années quatre-vingt dix ce ne sont plus seulement quelques dizaines ou centaines de personnes qui se rassemblent mais souvent des milliers. Alors même qu'au sein des organisateurs les motivations ont pu évoluer, alors que le son des free parties se fait plus hardcore, les politiques s'en mêlent pour "mettre de l'ordre". Cela débouche sur l'adoption de la Loi sur la Sécurité Quotidienne et son fameux amendement Mariani en octobre 2001, qui marque la fin d'une époque.

La loi n'est pas seule responsable des désillusions. Il y a aussi le business de la drogue aux accents mafieux, la défonce sans conscience, le manque d'ouverture musicale... Les témoignages sont particulièrement francs et directs sur ces aspects. Et puis le mouvement continue tout de même. Pour quelques-uns ce sont de nouveaux départs, des voyages aux États-Unis, en Amérique du Sud, en Afrique, en Europe de l'Est, la Mongolie... Ce sont aussi de nouvelles manières de vivre l'alternative qui se dessinent, notamment en rejoignant des squats autogérés et créatifs.

Guillaume Kosmicki nous avait livré un excellent Musiques électroniques, retraçant l'histoire de ces musiques, et offrait donc une approche plus "théorique". FREE PARTY en est en quelque sorte le pendant pratique. Il permet une violente plongée dans le réel, dans des vies portées par la musique et donc, ce n'est pas un paradoxe, très sincèrement ancrées dans le monde contemporain.

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© Eric Deshayes - neospheres.free.fr