Gilson & Malagasy

(Jazzman Records, 5LP / 4CD / digital, 2014)

Gilson & Malagasy (Jazzman Records, 2014)

La sortie de ce coffret est un événement historique à bien des égards : le contexte de création de chaque morceau qu'il contient, les musiciens en présence, le chaudron bouillonnant d'un jazz libre au carrefour du free afro-américain, de l'avant-garde européenne et de la scène malgache... On ne sait pas par quel bout le prendre, par peur d'en trahir la quintessence.

Le prendre par le début, c'est évoquer un avion qui décolle de Paris au cœur du mois de mai 68 avec à son bord Jef Gilson (personnage clé du jazz libre en France), Lionel Magal (Crium Delirium) et le bassiste Gilbert Rovère. En plein chaos idéologique, ils ne prennent pas la fuite, bigre ! Ils tiennent leur promesse de rendez-vous à Tananarive, Madagascar, pour une série de concerts et d'ateliers musicaux au Centre Culturel Albert Camus avec une vingtaine de musiciens malgaches, en particulier la famille Rahoerson, Serge et Allain et leur père, Georges... Le séjour se prolonge en raison de la grève, les échanges sont plus que fructueux. Le livret rédigé par Jérôme “Kalcha” Simonneau (remember Vibrations) est aussi passionnant que précis sur le déroulé chronologique.

Si rien n'est enregistré lors du voyage initial, il va donner suite à nombre de concerts, d'interprétations, d'aller-retour et de publications, la plupart sur le label PALM, fondé à cette occasion par Jef Gilson : Malagasy enregistré en 1969 et 1971 à Madagascar, et le titre éponyme à Paris en 1971 ; le très soul jazz Malagasy At Newport-Paris (au club Le Newport, à Saint Germain des Prés) avec notamment Del Rabenja au sax ténor, Jef Gilson au Fender Rhodes et Gérard Rakotoarvony à la basse Fender en 1973. On y croise une très belle version de « The Creator has a Master Plan » de Pharoah Sanders. Le coffret contient aussi le pas moins spirituel Madagascar Now - Maintenant 'Zao de 1973 et deux disques d'inédits... Ce sont 33 titres au total, mais le nombre importe peu, tant la force de caractère de chacun d'eux est à apprécier et à déguster sans compter les heures. Où situer Gilson & Malagasy ? Ce n'est rien de moins que «India» ou «Spiritual» des fameux live de John Coltrane au Village Vanguard en 1961 qu'il faut convier, Pharoah Sanders de Karma bien sûr, l'Art Ensemble Of Chicago pour le titre « Malagasy » aux percussions intimistes, Rashaan Roland Kirk pour le jeu de flûte sur le quatrième LP et ailleurs, le meilleur d'Henri Texier en solo et avec le vivier créatif de son orchestre... Gilson & Malagasy brille clairement au milieu de tout ça. Un événement historique et un tour de force tant la qualité tutoie les cimes du « jazz du monde ».

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© Eric Deshayes - neospheres.free.fr