Irmin Schmidt

Filmmusik Anthology Volume 4 & 5 (Spoon / Mute Records, 2009)

IRMIN SCHMIDT : Filmmusik Anthology Volume 4 & 5 (Spoon / Mute Records)

Tout fan de CAN qui se respecte connaît le coffret trois CD Anthology Soundtracks de 1994 et son hideuse pochette verdâtre. Il regroupe les musiques de films composées par Irmin Schmidt entre 1978 et 1993. Le présent double CD assure la suite avec des musiques produites sur la période 1998-2008 et avec une très belle pochette cette fois ! En ouverture ce sont huit titres écrits pour Palermo Shooting de Wim Wenders, un film de 2008 à moitié réussi ou pleinement raté selon les avis. La musique est plus heureuse. Travaillant des ambiances mélancoliques elle est construite autour d'un accordéon plaintif, de sonorités de cordes assez sombres et d'un thème récurrent joué à la trompette en sourdine. L'ambiance très nocturne évoque d'ailleurs la musique de Miles Davis pour Ascenseur pour l'échafaud de Louis Malle. A noter qu'ici le trompettiste n'est autre que Markus Stockhausen, le fils de Karlheinz Stockhausen. L'autre thème récurrent, "Flavia", basé sur des variations de Jean-Sébastien Bach, est plutôt beau, magnifique même lors de sa deuxième apparition. Le volume 4 contient aussi plusieurs morceaux composés pour Schneeland (Le Pays de la Neige pour la traduction). Leur tonalité nordique aurait pu les faire figurer au catalogue du label ECM. On pense en particulier aux productions du saxophoniste Jan Garbarek. Ici, c'est le vétéran Gerd Dudek, accompagnés par des sonorités de cordes anxieuses, qui assure le transport virtuel en des étendues blanches immaculées. Puis, avec les quelques musiques pour le film Paparazzo, revient un son de trompette en sourdine, cette fois jouée par Daniel Rosenboom et soutenu par une dub légère et des musiques d'ambiance électroniques.

Le volume 5 s'ouvre sur l'excellent et angoissant Exit West qui s'accorde bien, on l'imagine, avec le thriller politique La Piqûre du Scorpion. Ce deuxième disque est pour moitié consacré à des musiques pour la série Bloch dont le personnage central est un psychothérapeute, le Dr Bloch, dépressif et fortement bedonnant. Côté musique on oscille entre illustration sonore gentille (flûte et percussions diverses sont de sortie) et ambiances tordues amenées par des sons "dub", du piano et quelques autres instruments acoustiques. Attention, ça oscille vraiment, le gentil est parfois tordu et inversement... Les thèmes suivants, notamment pour l'irregardable Tatort, plient de ce même côté obscur. L'anthologie se referme sur deux sommets opposés : le mélo-mielleux "Geisterlied" pour le film Ich werde immer bei euch sein ("Je serai toujours avec vous") et un "Final Cut" (pour Paparazzo) qui est quant à lui un petit bijou (de quelques carats, n'exagérons pas) de programmation électronique. C'est en fait Justus Köhncke, personnalité du label électro Kompakt, qui intervient à la programmation sur les deux tiers des titres de cette anthologie. Alors même que le talent d'ambianceur et de coloriste d'Irmin Schmidt semble se bonifier avec le temps, le compositeur a toujours su très bien s'entourer !

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