Klaus Schulze

Moonlake (Synthetic Symphony / SPV, 2005)

Klaus Schulze : Moonlake (2005)

Pour ceux qui ont perdu d'ouïe Klaus Schulze depuis deux ou trois décennies, il faut un petit temps d'adaptation pour se remettre en phase. Non pas pour se replonger dans les ténèbres magnétiques, mais pour s'acclimater aux sonorités que Klaus Schulze utilise aujourd"hui. Elles rappellent en effet énormément la techno trance / ambient des années quatre-vingt-dix, que Klaus Schulze a en grande partie initiée. Il en est désormais l'un des rares continuateurs. Et surtout l'un des plus inspirés.

Le talent du grand maître des symphonies synthétiques s'apprécie sur les 74 minutes de Moonlake. Klaus Schulze développe quatre longues pièces, sortes de symphonies du 21ème siècle au cours desquelles chevauchées rythmiques aux beats techno finement ciselés, nappes synthétiques et passages plus ténébreux s'imbriquent à merveille. Klaus Schulze pourrait choisir la facilité et laisser ses machines tourner en "pilote automatique", une fois la vitesse de croisière atteinte, mais il préfère négocier de subtils breaks pour passer d'un tableau à l'autre, dessinant ainsi des compositions très variées. Si l'on parle de symphonies, ses machines font office d'orchestre. Il en tire d'ailleurs parfois des sonorités relativement proches d'instruments connus (clarinette, flûte, section à cordes, chœurs digitaux, tablas...), mais aussi totalement virtuelles (sons continus tournoyants, motifs mélodiques irréels, rythmiques technoïdes). Klaus Schulze s'accompagne de Thomas Kagermann au violon et aux incantations vocales sur l'excellent (mais affreusement titré...) "Playmate in Paradise", la pièce maîtresse de l'album par sa qualité et sa longueur (30 minutes à elle seule !). Klaus Schulze se réserve aussi de prodigieux soli de minimoog à travers lesquels il transmet une riche palette d'émotions. Malgré le dernier titre, Mephisto, un peu moins réussi, Moonlake est à classer parmi ses meilleurs albums, pas si loin dans le classement derrière Cyborg, Black Dance, Irrlicht et même au-dessus de son presque homonyme Moondawn de 1976.

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