Paul Beaud et Alfred Willener

Musique et vie quotidienne. Essai de sociologie d'une nouvelle culture (Maison Mame, collection Repères, 1973)

Paul Beaud et Alfred Willener, Musique et vie quotidienne. Essai de sociologie d'une nouvelle culture (Maison Mame, collection Repères, 1973)

Soyons fous, chroniquons un livre que vous ne trouverez pas en librairie, mais en bouquinerie, peut-être, ou en bibliothèque universitaire. Il a plus de quarante ans d'âge. Musique et vie quotidienne. Essai de sociologie d'une nouvelle culture a été publié par la vénérable maison MAME en 1973. Objet éditorial singulier, il est à classer parmi les ouvrages pionniers restituant des études de terrain en France dans le domaine des musiques électroacoustiques, improvisées et de la pop music. Il faudrait faire une longue exégèse, une étude herméneutique de ce bouquin, l'étudier en tant que pièce à conviction historique. Par manque de temps (avouons-le parfois), autant que par envie tenace d'en parler, relevons ici seulement quelques éléments sinon clés au moins exceptionnels. Au premier rang desquels, le fait qu'il y est question de Maajun, de l'Ensemble Cohelmec et du New Phonic Art. Mais prenons les choses par le début.

Ce bouquin est petit, format poche, mais il est fait de 274 pages très denses et aurait pu être beaucoup plus volumineux. L'avant-propos signale en effet que « Les études monographiques qui vont suivre sont extraites d'un rapport de recherche plus vaste portant sur l'évolution récente de ce que la sociologie économique appelle l'offre et la demande en matière de consommation culturelle (...) ». Fait très intriguant, le premier volet de la recherche « a consisté en une analyse des statistiques existantes dans le domaine culturel sur la période des dix dernières années en ce limitant aux deux secteurs de la musique et de l'image ». Mais... mais, cette première partie n'est pas publiée face au veto « de multiples organismes tant publics que privés ». Obscurantisme ? Peur de livrer des chiffres clés pour nourrir des études de marché aux commerciaux ? Constat de l'échec de la politique de « démocratisation culturelle »? Il faudrait mener une enquête façon X-Files.... Dossier classé, la vérité est peut-être ailleurs... Toujours est-il que son contenu reste pour le moins pionnier.

Un première grande partie comporte la restitution d'une étude sur la musique électroacoustique menée par Paul Beaud auprès de trois groupes : des étudiants du département Musique de l'Université de Vincennes (nommée à l'origine Centre universitaire expérimental de Vincennes) ; l'anti-groupe du Centre de Recherche Electro-Acoustique, « anti-groupe » étant le terme employé par son responsable, le mystérieux Jean-Pierre M.; le troisième et dernier sujet d'étude est le néo-groupe formé par trois personnes se réunissant régulièrement dans une Maison de la Culture de la banlieue Ouest de Paris.

La musique pop est la deuxième grande partie. Elle est consacrée au groupe « pop » Maajun et est écrite par l'un de ses membres, Alain Roux. Pop oui, mais « ils refusent de s'intégrer au monde du spectacle, jugé aliénant et ont recours au système D pour disposer d'amplis pour jouer en public », comme nous le reprenions dans L'underground musical en France. Maajun est aussi signataire du manifeste du FLIP, dont le texte est intégralement restitué dans ce chapitre.

La troisième grande partie est consacrée à l'improvisation et est signée, excusez du peu, par Alain Gerber grande voix radiophonique et plume émérite dans le domaine du jazz. Il apporte une réflexion sur l'improvisation à partir des pratiques du Cohelmec ensemble, du New Phonic Art et du groupe lyonnais Faire.

Info+, vraiment d'actu : Le disquaire parisien et label Souffle Continu a réédité les albums de Mahjun (mais pas le premier Maajun) et travaille sur la réédition des disques du Cohelmec.

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© Eric Deshayes - neospheres.free.fr