Nicholas Cook

Musique, une très brève introduction (Editions Allia, 2006)

NICHOLAS COOK : Musique, une très brève introduction (Editions Allia, 2006)

Ce livre est la traduction française, par Nathalie Gentili, de Music : A very short introduction publié par Oxford University Press en 1998 dans la collection Very short introductions. Nicholas Cook relève le défi de présenter en 150 pages (pour l'édition française) les différentes façons de penser la musique du point de vue du mélomane à celui du musicologue et de montrer comment la musique s'intègre dans nos systèmes de valeurs et comment elle est conditionnée par eux, et cela sans verbiage intensif. Il écrit ainsi : "Pour chaque type musical existe une manière singulière de réfléchir la musique, comme s'il s'agissait de la seule manière possible d'y réfléchir (et de la seule musique méritant réflexion)". Cook expose, notamment à travers l'exemple d'une publicité, l'utilisation de la musique pour ses valeurs symboliques, identitaires, allégoriques... Il énonce clairement son objectif : "Le message principal de ce livre est que nous avons hérité du passé une façon de penser la musique qui ne rend pas justice à la diversité des pratiques et des expériences que désigne ce mot bref, "musique"". Le pilier central de cet héritage est le culte de Beethoven au XIXe siècle qui a imposé la musique classique occidentale comme modèle dominant, ethnocentrique et élitiste. Les encyclopédies et histoires de la musique "abordent généralement les musiques extra-européennes au début ou alors pas du tout, puis la musique artistique occidentale (le cœur) et à la fin (au mieux) le Jazz et les musiques populaires". Un véritable apartheid s'est mis en place, encore largement effectif aujourd'hui.

Depuis environ le milieu des années 80 la musicologie (anglo-saxonne) a subi de profonds changements, évidemment nés de l'histoire de la musique elle-même. Ainsi la musique contemporaine sérieuse (le sérialisme) n'a jamais connu le succès escompté par Schoenberg, mais l'étiquette "musique moderne" s'est figée sur une période de plus en plus éloignée de nous, "alors que de profondes transformations dans la musique populaire portèrent certains genres de musiques contemporaines à des sommets de popularité sans précédent" (Rock, Hip-Hop, musiques électroniques...). Nicholas Cook se livre ensuite à un bref exposé des types de notations musicales et de leur impact sur l'interprétation et la réception de la musique elle-même. Puis il aborde "le renversement des hypothèses fondamentales de l'esthétique classique selon lequel l'art doit être goûté dans un acte de contemplation religieuse". Le principal argument est que "la véritable signification de la peinture ne réside pas dans la peinture elle-même, mais dans la manière de voir le monde dont il sert la construction". Le spectateur n'est plus exclu du procédé artistique, il devient même un participant essentiel. Cook écrit : "Beethoven, Mahler, Steve Reich, Mike Oldfield et même Peter Gabriel nous ont moins donné de nouvelles choses à entendre qu'une nouvelle manière d'entendre les choses". Cook se livre ainsi à un exposé de l'évolution et des principaux débats dans le domaine de la musicologie anglo-saxonne. Une nouvelle musicologie (qui fait aujourd'hui partie du courant dominant) "se revendique critique en cherchant à mettre à jour l'idéologie, en démontrant que la musique croule sous les significations sociales et politiques. Elle doit se dépasser elle-même et reconnaître qu'elle est elle-même le résultat d'une construction". Il écrit plus loin que "la musique a un pouvoir unique comme agent idéologique. Il est nécessaire de comprendre son fonctionnement, ses charmes, à la fois pour nous en protéger, et, paradoxalement pour les apprécier pleinement". Par sa force de persuasion elle peut vous inciter à acheter un produit, voire faire évoluer des comportements sociaux.

L'approche de Nicholas Cook reste toujours simple et accrocheuse. Partant de notions relativement connues (mais pas toujours aussi clairement décryptées) Nicholas Cook propose une lecture très stimulante qui incite à avoir une ouverture d'esprit toujours plus grande en comprenant mieux ses propres a priori pour mieux les surpasser.

Toutefois l'ouvrage de Nicholas Cook atteint ses limites. La musicologie qu'il décrit reste majoritairement liées à la musique classique. Il fait lui-même assez peu d'escapades sur le terrain des musiques dites "populaires" pour que justement la "révolution musicologique" qu'il prône ("rendre justice à la diversité des pratiques et des expériences") s'applique totalement à son propre ouvrage. Au final, Musique, une très brève introduction s'impose tout de même comme un livre indispensable pour qui veut faire le point sur l'état de la musicologie anglo-saxonne, ou simplement mieux la connaître. D'autant plus que les références de chaque citation où source sont détaillées en fin d'ouvrage.

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