Musiques électroniques en France 1974 - 1984

Compilation (Musea / Gazul, 2007)

Musiques électroniques en France 1974-1984 : compilation (Musea / Gazul, 2007)
Cette compilation a été rééditée en deux vinyles par Replica Records disponibles sur CDandLP.

Dans le domaine des musiques électroniques, la France peut s'enorgueillir d'avoir permis à des pionniers tels que Pierre Schaeffer et Pierre Henry (qui vient d'ailleurs de léguer un vaste ensemble de son œuvre à la BNF) de travailler dès les années 40. Il faudra cependant attendre les années 70 et la démocratisation des générateurs de sons électroniques, autrement appelés synthétiseurs, pour que des musiciens qui ne soient pas issus des grands laboratoires nationaux s'emparent de ces nouveaux instruments.

L'ère analogique, celle des Moog, AKS, Korg ou encore ARP, aura été dominée par les maîtres allemands, Tangerine Dream et Klaus Schulze en tête, au point d'éclipser la scène française pourtant riche de nombreux aventuriers. Seul Jean-Michel Jarre s'est imposé durablement auprès du grand public. En matière de synthétisme pictural il aura cependant employé le rouleau à peinture pour obtenir des nappes sans aspérité. Une œuvre efficace et couronnée de succès commercial, à chacun ensuite d'apprécier et d'aimer (ou non), on peut vite se lasser d'Oxygène au point de le trouver irritant.

Restés dans l'ombre d'autres musiciens français ont créé des fresques sonores autrement plus intéressantes et originales. Cette compilation Musiques Electroniques en France, nouveau volume de la collection Les Zut-O-Pistes, a pour objectif de faire redécouvrir ces créateurs oubliés. Oubliés, pas tout à fait, parmi eux figure en bonne place Richard Pinhas, fondateur d'Heldon et pionnier du synthétiseur en France. Deux titres sont sur cette compilation, notamment le fameux Back to Heldon extrait de Electronique Guérilla de 1974, un morceau où l'électronique scintillante du clavier croise le fer avec les sonorités modifiées tirées de sa guitare Les Paul Gibson 1954. Relativement fameux aussi le terrifiant Spirale Malax de Lard Free, ici dans une version légèrement différente de celle publiée sur l'album de 1977.

Autre utilisateur expert de claviers et de guitares, Dominique Grimaud contribue à cette compilation avec l'inédit Electronic Alarm enregistré en duo avec Bernard Filipetti, une paire qui incarnait Camizole en 1975. Electronic Alarm installe un espace sonore de science-fiction, où la machine est source de poésie mais laisse toujours entrevoir une menace sous-jacente. Le duo attira l'attention de Klaus Schulze lui-même, décidé à produire un album, mais le projet tomba à l'eau après la séparation du duo. Bernard Filipetti forma par la suite le groupe Art et Technique et Dominique Grimaud Vidéo-Aventures.

Deux titres inédits de Vidéo-Aventures figurent sur cette compilation : Tiny Tina et Le Gord. Autre grande découverte, le titre d'un quart d'heure Alice enregistré en concert par Jean-Pierre Grasset, alias Verto, qui brancha sa guitare sur des systèmes modulaires. Avec Alice Verto plane, irradie, déphase. Il n'a rien à envier au meilleur de Manuel Göttsching d'Ash Ra Temple. Pascal Comelade bénéficie d'une certaine notoriété aujourd'hui. Sa période synthétique avait déjà été remise en lumière avec Back to Schizo. Deux titres inédits viennent illustrer cette anthologie de l'électronique française. Un titre enregistré avec David Cunningham en 1981 nous plonge pendant 15 minutes dans des sphères machiniques fascinantes. L'autre, nettement plus court avec ses 2'33'', fut enregistré la même année avec Victor Nubla et propose une vignette pop-indus, répétitive et sombre. Bien au-delà de leur valeur historique, tout à fait réelle, ces enregistrements possèdent des qualités esthétiques fortes qui à elles seules font de la compilation Musiques électroniques en France un disque indispensable pour tout féru de sonorités analogiques et électroniques.

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© Eric Deshayes - neospheres.free.fr