Le Quatuor de Jazz Libre du Québec

1973 (Tenzier, 2011)

Le Quatuor de Jazz Libre du Québec : 1973 (Tenzier, 2011)

Pour sa deuxième référence le label québécois Tenzier publie une nouvelle pièce de choix en matière de musique "hors limites" (pour reprendre une heureuse expression du regretté Daniel Caux). Après les Musiques de films 1966-1968 de Etienne O'Leary, voici en effet 1973 du Quatuor de Jazz Libre du Québec (QJLQ), contenant quatre pièces inédites enregistrées à Radio-Canada le 13 mai 1973. Le QJLQ était composé de Jean Préfontaine (saxophone ténor et flûte), Yves Charbonneau (trompette de poche), Jean-Guy Poirier (batterie) et Yves Bouliane (contrebasse).

Le Quatuor de Jazz Libre du Québec fut formé en 1967 dans la grande mouvance de ce que l'on appela, veuillez excuser l'anglicisme, le « Free Jazz ». La musique est donc "datée" (sans pour autant avoir mal vieillie), car le jazz libre devint rapidement un idiome, pour ne pas dire un style. Ici on entend une flûte qui rappelle celle d'Eric Dolphy (c'est toujours un plaisir), là une trompette qui évoque celle de Lester Bowie de l'Art Ensemble of Chicago (même joie). En arrière-plan des cassures et fractionnements mélodiques, le jeu lent d'Yves Bouliane à la contrebasse permet, semble-t-il, de maintenir la tension et retenir l'emballement. Ainsi, le langage a beau être un peu abstrait il s'apprécie avec les sens sans que ceux-ci soient agressés. Quoique, évidemment, ceux qui ne sont pas "habitués" auront quelques frissons dans le dos (ce qui en soi est un très bon signe pour commencer : le corps réagit et change d'état).

Il ne reste plus qu'à se plonger dans l'époque pour se rendre compte à quel point le QJLQ fait preuve de sang froid. On apprend en effet, par la courte présentation transmise, que le QJLQ avait établi en 1970 une colonie artistique à Val-David (au nord-ouest de Montréal) et avait acquis une ferme – le Petit Québec libre – « dans le but d’offrir aux artistes et aux activistes qu’il côtoie un lieu communal pour échanger et discuter » et, en faisant une rapide recherche sur le Net, qu'il fut visé à deux reprises par des incendies déclenchés par des barbouzes de la GRC (Gendarmerie Royal du Canada). On entre dans une ambiance de polar, sauf que c'était réel.

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