Seabuckthorn

A House With Too Much Fire (Bookmaker Records / La Cordillère, 2018).

Seabuckthorn - A House With Too Much Fire (Bookmaker Records, 2018).

Le guitariste anglais Andy Cartwright alias Seabuckthorn sort son neuvième album sur le label Bookmaker Records en collaboration avec La Cordillère. Son titre, A House With Too Much Fire, fait référence à ses conditions d'enregistrement. Les titres ont été enregistrés fin 2017 dans une maison où le poêle à bois tournait à plein régime, la plupart en une seule prise.

La pochette de A House With Too Much Fire évoque d'emblée celle de Meddle de Pink Floyd par un effet de mémoire résiduelle propre aux classiques de la culture rock. Il est des pochettes qui hantent ainsi notre inconscient collectif, avec un total consentement, car c'est la promesse de plaisirs auditifs certains. Quelque chose de psychédélique est bien là, sur ce A House With Too Much Fire, présent telle la forme d'un nuage de vapeur d'eau troublant les sens par son aspect continuellement changeant. Ce psychédélisme est bien sûr d'une autre nature que celui de la transe collective d'un groupe rock, car Seabuckthorn se produit "seul" avec ses guitares, banjo, clarinette et synthétiseur. Il faut s'attendre à d'autres champs des possibles, ouvrant eux aussi sur une belle profondeur du spectre sonore et un impact émotionnel à la fois doux et intense. Le nuage, la vapeur, la métaphore climatique s'applique pleinement. Seabuckthorn excelle dans la production de nappes sonores évolutives, où la note identifiée d'un archet sur des cordes dessine les contours de ce qui pourrait presque être un adagio (notamment sur « Figur Afar »). Ailleurs, en particulier sur « Somewhat Like Vision », le flot de vibrations enveloppantes laisse poindre des hurlements au lointain qui semblent être ceux d'animaux communiquant leur présence à leur congénères.

Le morceau « Disentangled », est un peu plus folk acoustique par ses sonorités. Il est souligné par une nappe synthétique digne de Popol Vuh en arrière plan. Ce titre a fait l'objet d'une vidéo, qui met en évidence cet impact émotionnel très fort que l'on peut avoir en appréciant un paysage subjuguant, et que Seabuckthorn réussit déjà à produire sans la moindre image, uniquement par sa musique.

En usant avec malice, mais non sans raison, de l'exagération journalistique rock, on peut écrire que A House With Too Much Fire est la neuvième (symphonie) de Seabuckthorn.

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© Eric Deshayes - neospheres.free.fr