BANG ON A CAN

Un festival, un ensemble, un label, Bang on a Can est une entité protéiforme créée par Michael Gordon, Julia Wolfe et David Lang, dans le but de promouvoir une musique contemporaine débridée.

Michael Gordon, David Lang et Julia Wolfe

Bang on a Can : le festival

Michael Gordon, David Lang et Julia Wolfe font partie de cette génération de compositeurs contemporains à avoir été nourrie autant à la musique classique qu'au rock et à la pop music. Arrivés à New-York à la fin des années soixante-dix, ils fréquentent aussi bien la scène uptown que la scène downtown, mais sentent que leurs créations sont considérées comme "trop funky pour l'académie et trop structuré pour les clubs". En 1987 Michael Gordon, David Lang et Julia Wolfe décident d'organiser un marathon musical de 12 heures au cours duquel sont jouées leurs compositions et celles de Phill Niblock, Steve Reich, Louis Andriessen, Iannis Xénakis, Pauline Oliveros, John Zorn, Milton Babbit... Est ainsi créé le Bang on a Can Festival. Il prend place à l'Exit Art Gallery dans le quartier de SoHo. Les années suivantes, le succès du festival allant grandissant, il a lieu dans des salles plus grandes : au R.A.P.P. Center, Town Hall, La Mama, The Kitchen et au Lincoln Center. De 1987 à 1999 ont lieu plus de 150 concerts présentant un véritable who's who de la création contemporaine (allergiques au name dropping, passés directement au paragraphe suivant) : Glenn Branca, Don Byron, John Cage, Alvin Curran, Brian Eno, Fred Frith, Philip Glass, Vinko Globokar, Scott Johnson, Leroy Jenkins, Tom Johnson, George Lewis, Ingram Marshall, Steve Martland, Meredith Monk, Thurston Moore, Conlon Nancarrow, Ben Neill, Zeena Parkins, Harry Partch, Terry Riley, Mikel Rouse, Frederic Rzewski, Giacinto Scelsi, Karlheinz Stockhausen, Carl Stone, DJ Spooky, Cecil Taylor, Henry Threadgill... Pour n'en citer, hum..., que quelques-uns

En 1992 un premier disque est publié sous le nom de Bang on a Can, Live Volume 1, rassemblant des œuvres enregistrées lors du festival de 1987 à 1991. Ce premier volume est publié par le label CRi (Composers Recordings Inc.), tout comme les volumes 2 et 3 qui sortent respectivement en 1993 et 1994. Ces trois volumes se concentrent sur les compositeurs de la nouvelle génération, Michael Gordon, David Lang et Julia Wolfe bien-sûr, mais aussi Phil Kline, Tom Johnson, Evan Ziporyn, Elizabeth Brown... Bang On a Can joue pleinement son rôle de défricheur / promoteur.

Le Bang on a Can All Stars

Dans la foulée du festival Michael Gordon, David Lang et Julia Wolfe lancent le Bang on a Can All Stars, "un ensemble de virtuoses guerriers de la New Music", dans le but de capturer l'esprit du festival et de pouvoir le restituer en tournée. Industry (1995) publié sous le nom de Bang on a Can en 1995, est en fait le premier disque studio du Bang on a Can All Stars, alors composé de Robert Black (basse), Steven Schick (percussions), Lisa Moore (piano), Mark Stewart (guitares), Maya Beiser (violoncelle) et Evan Ziporyn (saxophones). Industry contient des compositions de Gordon, Lang, Wolfe et de leur "maître à penser" Louis Andriessen, notamment le corrosif Hoketus de 1977. Le CD n'est cette fois pas publié par CRI mais par Sony Classical, la branche musique classique de Sony Music, tout comme l'album suivant rassemblant des compositions issues du collectif : Cheating, Lying, Stealing (1996).

En 1998, c'est sur Point Music, le label fondé par Philip Glass, que paraît leur lumineuse interprétation de Music for Airports de Brian Eno, que l'ensemble va jouer en différents aéroports du globe. Saluant avec ferveur ses grands inspirateurs, le Bang On a Can publie deux disques sur Nonesuch consacrés à des pièces de Steve Reich: Works 1965-1995 (1997) et New York Counterpoint Eight Lines / Four Organs (2000).

Le Bang on a Can All Stars est actuellement formé de Robert Black (basse), David Cossin (percussions) et Mark Stewart (guitare électrique) auxquels s'adjoignent régulièrement de nombreux invités. Evan Ziporyn (clarinettes) a quitté le Bang on a Can All Stars à l'automne 2012 pour, entre autres, s'investir dans ses fonctions de directeur Center for Art, Science & Technology (CAST) nouvel établissement créé par le Massachusetts Institute of Technology.

Un label : Cantaloupe Music

La production discographique du collectif a été trop souvent et trop longtemps indisponible. Trance de Michael Gordon, édité par Argo / Decca, dont le faible tirage fut vite épuisé, ne fut pas réédité et restera introuvable pendant plusieurs années, de même que les disques édités par Sony Classical et CRI. Pour y remédier, et gagner encore en indépendance, le Bang on a Can a créé son propre label. Cantaloupe Music est inauguré en 2001 par Renegade Heaven, sur lequel figurent des pièces signées Julia Wolfe, Arnold Dreyblatt, Michael Gordon, Glenn Branca, Phil Kline. Parmi les autres rééditions figurent l'indispensable Bang On a Can Classics (2002), qui réunit sur un seul CD les deux albums publiés à l'origine par Sony Music : Industry et Cheating, Lying, Stealing.

Continuant son entreprise de divulgation des grands "classiques" de la musique contemporaine, le Bang on a Can All Stars interprète régulièrement In C de Terry Riley en public et en enregistre une version publiée sur Cantaloupe Music en 2001. Le label a ensuite publié de multiples projets et collaborations de l'ensemble : Bang on a Can Meets Kyaw Kyaw Naing en 2004 avec un grand cercle de percussionnistes birmans ; Bang on a Can / Philip Glass : Music in 5ths (2004) avec Philip Glass ; Elida (2005) avec Iva Bittova ; A Ballad for Many (2006) avec le clarinettiste Don Byron.

Des Universités d'été

Depuis l'été 2004 se tient The Bang on a Can Summer Institute of Music au Massachusetts Museum of Contemporary Art (MASS MoCA), une sorte d'université d'été de la musique contemporaine. Les masters class ont été successivement conduites par Meredith Monk, Steve Reich, Terry Riley... Un petit festival se tient aussi à ce moment-là.

Des opéras

Bang On A Can a créé en 2000 un opéra d'un nouveau genre, The Carbon Copy Building avec le dessinateur new-yorkais Ben Katchor (publié par Cantaloupe en 2007). En 2001 le Bang on a Can Lost Objects Ensemble a pris forme pour l'excellent Lost Objects, sur un texte de Deborah Artman interprété par des solistes au chant, un choeur mixte et un grand orchestre. Le disque Lost Objects (Teldec New Line, 2001) est ponctué de remix de DJ Spooky. C'est à nouveau avec Deborah Artman que le Bang on a Can a créé fin 2005 l'opéra Shelter interprété par le Ridge Theater, un trio vocal médiéval scandinave, et l'ensemble allemand MusikFabrik de Cologne dirigé par Brad Lubman.

Bang On A Can a réalisé son rêve

Adeptes de Louis Andriessen, en 1985 Julia Wolfe et Michael Gordon traversent les États-Unis en voiture pour assister à De Staat et de Tijd au CalArts festival, en Californie. Louis Andriessen leur accorde aujourd'hui de réaliser un vieux rêve : il a composé Life pour le Bang On A Can. La première devait avoir lieu à New York en 2010, mais l'irruption du volcan Eyjafjallajökull en Islande en a décidé autrement. La première a eu lieu le 3 décembre 2011, accompagnée d'une vidéo de Marijke Van Warmerdam.

Chroniques disques :

Liens :

© Eric Deshayes - neospheres.free.fr