RHYS CHATHAM

Rhys Chatham An Angel Moves Too Fast to See : Selected Works 1971-1989

Figure importante de la scène underground new-yorkaise dans les années 70/80, Rhys Chatham a insufflé une énergie nouvelle dans la musique contemporaine post-minimaliste par l'utilisation d'instruments jusque-là "réservés" au Rock : guitare électriques, basse, batterie. Devenu trompettiste pour préserver ses tympans (!), et aujourd'hui installé en France, Rhys Chatham s'est essayé à la Drum'n Bass et a récemment fait rejouer An Angel Moves Too Fast to See, son œuvre maîtresse pour 100 guitares

Né à New-York en 1952, d'un père harpiste, Rhys Chatham s'intéresse de façon très précoce à la musique, baroque tout d'abord, en pratiquant la flûte Boehm, puis contemporaine. Il devient vite un fervent admirateur des travaux d'Edgar Varèse, de Pierre Boulez (dont il interpréta la Sonatine pour flûte et piano), de Karlheinz Stockhausen, Stefan Wolpe, Mario Davidovsky, ou encore de Luciano Berio. Il s'immerge dans la littérature contemporaine consacrée à la flûte dans l'intention de composer ses propres pièces. A l'âge de 13 ans Rhys Chatham prend des cours d'harmonie et de contrepoint auprès de Donald Stratton et Tom Manoff, qui éveillent son intérêt pour le sérialisme. Lorsqu'il étudie auprès de Morton Subotnick, au College de New-York, celui-ci l'encourage à écrire des œuvres de musique électronique. Au Studio de musique électronique de l'Université de New-York il entre en contact avec, entre autres, Eliane Radigue, Maryanne Amacher, Charlemagne Palestine, Serge Tcherepnin et Ingram Marshall . Ses compositeurs l'orientent alors vers une musique de la "longue durée". Aussi Rhys Chatham prend des cours auprès de La Monte Young. En échange il lui accorde son piano selon le procédé d'intonation juste développé par celui-ci.. Il joue également dans son ensemble Dream House et dans un groupe avec Tony Conrad.

En 1971 Rhys Chatham écrit Two gongs, sa première pièce en intonation juste. La même année il établit le programme du Kitchen Center et en est le directeur artistique pour les périodes 1971/73 et 1977/80. The Kitchen est alors l'un des centres nerveux de l'underground new-yorkais et haut lieu de brassage stylistique. Il organise ainsi près de 250 concerts et met sur pied le New Music / New York Festival en 1979, une semaine de performances données par tout ce que les Etats-Unis comptent de compositeurs "avant-gardistes", minimalistes, post-minimalistes, Post Free : Robert Ashley, le Steve Reich Ensemble, Philip Corner, Don Cherry, Tom Johnson, Jeanne Lee, Phill Niblock, George Lewis, Alvin Lucier, Laurie Spiegel, David Behrman, Tony Conrad, Jon Gibson, Charlemagne Palestine, Jon Hassell, Gordon Mumma, Michael Nyman, "Blue" Gene Tyranny, Laurie Anderson.... Ce festival préfigure le New Music America Festival. Rhys Chatham bénéficie ainsi d'un "poste d'observateur" de choix sur la scène underground new-yorkaise, mais il doit laisser un peu de côté sa propre activité de compositeur. En 1977, impressionné par un concert des Ramones au CBGB's, mais aussi très admiratif devant la rapidité du jeu de guitare de Tony Iommi de Black Sabbath, Rhys Chatham incorpore des éléments rock dans sa musique et en explore les formes non-écrites.

Se focalisant principalement sur les guitares électriques il écrit sa première œuvre pour guitares Guitar Trio, pour trois guitares, basse et batterie, donnant la première de cette œuvre en compagnie de Glenn Branca, puis Drastic Classicism (1982) pour quatre guitares, basse et batterie. Prévues pour être jouées en concert à un volume très élevé, ces œuvres sont de véritables expériences psychoacoustiques, où les sonorités saturées des guitares semblent parfois devenir des voix humaines...

Au début des années 80, Rhys Chatham commence à souffrir d'acouphènes et s'initie progressivement à la trompette. Il commence alors à composer pour des ensembles de cuivres (moins agressifs pour ses oreilles convalescentes), notamment Massacre on MacDougal street en 1982 pour quatre trompettes, trois trombones, tuba et batterie, Factor X en 1984 et Waterloo N°2 (1986) pour trois trompettes, deux trombones et percussion. Rhys Chatham n'abandonne pas totalement les "murs de guitares" et composant Die Donnergotter (1985) pour six guitares basse et batterie et le monumental An Angel Moves Too Fast to See (1989) pour 100 guitares électriques, basse et batterie. An Angel Moves Too Fast to See semble clore le "cycle des guitares" de Chatham qui se consacre ensuite principalement aux ensembles de cuivres. En 1988 Rhys Chatham prend également la décision de s'installer à Paris pour vivre avec sa compagne, une photographe française. Cette décision est également motivée par son impression d'avoir vécu assez longtemps à New York. Il s'éloigne d'une scène new-yorkaise qui semble se répéter, et se retrouve ainsi en Europe à proximité d'une scène beaucoup plus créative à son goût : celle des musiques électroniques, de la Drum'n Bass et de l'électronica.

Rhys Chatham Jonathan Kane DJ Elated System Septile (Ntone, 1998)

Après plus d'une décennie d'apprentissage Rhys Chatham se sent apte à jouer de la trompette en concert, réussissant enfin à atteindre le niveau qu'il souhaitait (notamment être à même de jouer à la trompette aussi rapidement que Tony Iommi à la guitare, idée qu'il avait abandonné depuis longtemps sur sa six cordes !). Il utilise son jeu de trompette (souvent électrifiée et altérée par des effets électroniques) dans un contexte techno/trip-hop, comme sur l'album Neon, avec Martin Wheeler, publié en 1996 sur NTone, une "filiale" du fameux label Ninja Tune. A la fin des années 90, Rhys Chatham forme le groupe Septile avec Jonathan Kane (ex-batteur des Swans) et DJ Elated System. Avec cette formation il a enregistré le mini-album éponyme Septile (Ntone, 1998). C'est avec une autre formation, composée des improvisateurs anglais Gary Smith (guitare), Pat Thomas (claviers / samplers), Gary Jeff (basse) et Lou Ciccotelli (batterie) que Rhys Chatham, toujours à la trompette a enregistré Hard Edge en 1999.

En 2004, relancé par la publication par Table of the Elements de l'anthologie An Angel Moves Too Fast to See : Selected Works 1971-1989, de nouvelles versions de la pièce An Angel Moves Too Fast to See pour 100 guitares ont été mise sur pieds dans différents lieux (avec recrutement du nombre congru de guitaristes professionnels et amateurs au niveau local pour l'occasion), notamment au Lieu Unique à Nantes. Actuellement Rhys Chatham se consacre principalement à la composition d'œuvres pour voix.

Orange Mountain Music a édité un troisième volume d'enregistrements live au club new yorkais The Kitchen, From The Kitchen Archives No. 3 - Amplified : New Music Meets Rock, 1981-1986, contenant un concert d'avril 1981 de Guitar Trio (1977) de Rhys Chatham. Lire la chronique de Amplified : New Music Meets Rock, 1981-1986. Table of The Elements a fait paraître Die Donnergötter en 2006 , contenant également Guitar Trio.

Discographie :

Factor X (Moers , 1984) ; Die Donnergotter (Homestead, 1987) ; Do It Twice (Dossier, 1988) ; Echo Solo (For forte piano or midi keyboard) (Azoth Schallplatten, 1989 - Edition limitée) ; An Angel Moves Too Fast to See (New Tone, 1994) ; Neon (avec Martin Wheeler) (NTone, 1996) ; Rhys Chatham Jonathan Kane DJ Elated System Septile (Ntone, 1998) ; Hard Edge (The Wire Editions, 1999) ; An Angel Moves Too Fast to See : Selected Works 1971-1989 (Table of the Elements, 2002) ; Three Aspects of the Name (Table of the Elements, 2004) ; Echo Solo for Forte Piano (Table of the Elements, 2004) ; Die Donnergötter (Table of the Elements, 2006).

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