Michael Nyman

Journaliste musical pendant une dizaine d'années, Michael Nyman signe l'ouvrage de référence Experimental Music : Cage and Beyond en 1974. Il se fait ensuite connaître en tant que compositeur à travers ses musiques pour les films de Peter Greenaway. Michael Nyman atteint une renommée internationale auprès du grand public en composant la musique de La Leçon de Piano de Jane Campion, palme d'or à Cannes en 1993.

Michael Nyman (couverture du recueil de partitions pour piano Film Music for Solo Piano, éditions Chester Music

Michael Nyman (né à Londres en 1944) étudie le piano et le clavecin à la Royal Academy of Music et au King's College de Londres. Il reçoit l'enseignement d'Alan Bush et de Thurston Dart, un musicologue spécialisé dans la musique baroque anglaise. Les rondes et canons de la musique classique des 16ième et 17ième siècles, peuvent être considérés comme les matériaux de base de la musique minimaliste dans sa tendance néoclassique, celle de Philip Glass et John Adams en particulier. Michael Nyman y trouvera aussi des schémas élémentaires pour une musique contemporaine pulsée. Durant ses études il voyage également en Roumanie pour y faire des recherches sur la musique folklorique locale. S'il compose dès ses années de formation, Michael Nyman va d'abord s'illustrer en tant qu'observateur avisé de la création musicale contemporaine. De 1964 à 1976 il écrit pour de nombreuses revues, Studio International, Time Out, Tempo, The Listener, New Statesman ou encore The Spectator. Michael Nyman est même désigné aujourd'hui comme le premier à avoir employer le terme de "minimalisme" dans le domaine de la musique, un concept ayant cours jusque-là essentiellement dans les arts plastiques.

Il emploie ce terme en 1968 dans un article publié dans The Spectator consacré à The Great Digest, une pièce élaborée par Cornelius Cardew de 1968 à 1971, et qui deviendra à terme The Great Learning et s'est imposée comme un jalon dans l'histoire de la musique expérimentale anglaise.

Parallèlement, Michael Nyman continue son activité de compositeur et de musicien. Dès 1966/67 il collabore avec Peter Greenaway, illustrant musicalement ses premiers courts-métrages, notamment The Tree (1966) pour lequel il compose Five Orchestral Pieces for Opus Tree, dont une interprétation, enregistrée en 1979, a été publiée sur From The Kitchen Archives : new music new york 1979. Cette pièce est en fait basée sur Five Orchestral Pieces for Opus 10 d'Anton Webern, un matériau sériel auquel Michael Nyman fait subir un traitement répétitif. Il aboutit au final à une nouvelle création très expressive enchanteresse même, où violons, cordes et voix semblent comme se balancer au gré du vent. Michael Nyman compose aussi la musique de 5 Postcards from Capital Cities , un autre court-métrage de Peter Greenaway, datant de 1967. L'année suivante il travaille sur Down by the Greenwood Side pour Harrison Birtwistle. En tant que musicien, Michael Nyman participe aux ensembles britanniques The Scratch Orchestra, de Cornelius Cardew, et au Portsmouth Sinfonia. Dans ce dernier officiera aussi un certain Brian Eno, qui est alors sur le point de se faire connaître en tant que maître ès-synthèse sonore au sein de Roxy Music. Michael Nyman a aussi l'opportunité de participer à des interprétations d'œuvres de Steve Reich.

De sa connaissance à la fois théorique et concrète de la scène contemporaine Michael Nyman tire le livre Experimental Music - Cage and Beyond, un ouvrage incontournable quant aux développements des différentes recherches musicales dans le sillage de John Cage. Après la publication de ce livre, en 1974, Michael Nyman devient lui-même un peu plus actif dans le petit monde la musique contemporaine en prolongeant ses dernières tendances. Experimental Music relate dans son chapitre final le "retour au classique" opéré par The Scratch Orchestra et surtout le Portsmouth Sinfonia, fondé par un collectif comprenant Gavin Bryars. Les séquences les plus connues des œuvres classiques, celles qui font en quelque sorte partie de la mémoire collective, sont réutilisées à la fois pour leur pouvoir évocateur du passé et en tant que matériau musical de base. Les séquences sont réagencées au hasard et disloquent les thèmes d'origine. Il s'agit aussi pour les exécutants de les jouer au mieux, certains sont totalement novices, "non musiciens". En insufflant ainsi une large part d'indétermination dans ses reprises de thèmes classiques, l'école expérimentale anglaise opère un retour à la tonalité afin de faire sortir la musique contemporaine de l'impasse et de l'élitisme. La pièce de Brian Eno Three Variations On The Canon In D Major By Johann Pachelbel, qui figure en deuxième partie de son album Discreet Music (1975), s'inscrit dans cette filiation. De même Michael Nyman va tout au long de son parcours réutiliser et réagencer des thèmes hérités de la musique classique.

Michael sur le palier du club The Kitchen à New York en 1979 (livret de from The Kitchen Archives)

En 1976, faisant suite à une nouvelle commande de Harrison Birtwistle il arrange des chants populaires vénitiens du 18ième siècle pour la production de Il Campiello de Carlo Goldoni. Michael Nyman forme à cette occasion le Campiello Band qui va ensuite maintenir son activité et devenir le Michael Nyman Band, un ensemble au départ acoustique mais dans lequel l'amplification va prendre une place importante. En 1976 Michael Nyman compose notamment In Re Don Giovanni, une œuvre s'appuyant de façon explicite à la fois sur l'héritage de Mozart et sur une pulsation harmonique forte, l'une des caractéristiques les plus évidentes du courant minimaliste répétitif dans ses développements du milieu des années 70. Michael Nyman se produit d'ailleurs en 1979 au club New Yorkais The Kitchen, l'épicentre des musiques nouvelles et de la No Wave en cette fin de décennie, dont le directeur artistique n'est autre que Rhys Chatham, organisateur du festival New Music / New York.

En Angleterre, fin des années 70 / début des années 80 Michael Nyman a l'occasion de jouer avec le groupe de pop expérimentale et parodique The Flying Lizards, formé par David Cunningham, David Toop et Steve Beresford. David Cunningham produira par ailleurs une douzaine d'albums de Michael Nyman, parmi lesquels plusieurs bandes originales de film de Greenaway. Michael Nyman va d'ailleurs franchir un nouveau palier en terme de notoriété en signant en 1982 la musique du film de Peter Greenaway Meurtre dans un Jardin Anglais (The Draughtsman's Contract en V.O.). Le Michael Nyman Band, dont fait alors partie Alexander Balanescu, produit une musique tout en flux et reflux de cordes lancinantes. La collaboration entre Michael Nyman et Peter Greenaway va cheminer film après film, avec Drowning By Numbers en 1988, The Cook, the Thief, His Wife and Her Lover en 1989, Prospero's Books en 1991... Il élabore une musique qui doit autant à Purcell ou Haendel qu'à la musique minimaliste répétitive, tendance Philip Glass. A noter au passage qu'un certain H. Purcell est crédité en tant que "consultant" sur la pochette du disque Meurtre dans un Jardin Anglais ! En 1986, s'inspirant de l'œuvre de Robert Schumann, Michael Nyman compose la musique de L'Homme qui prenait sa femme pour un chapeau (1987), un opéra en un acte, adapté du livre d'Olivier Sacks par Michael Morris. Pour son String Quartet No. 2 (1988), composé pour la chorégraphe Shobana Jeyasingh il réutilise Bartok. Piochant ainsi dans le répertoire du passé pour élaborer ses propres partitions, Michael Nyman a aussi très souvent recours à des instruments aujourd'hui peu utilisés, tel le clavecin. Se mélange de tradition séculaire et de modernité créent un choc temporel, une sorte d'éclectisme post-minimaliste.

Le réalisateur français Patrice Leconte a fait appel à lui pour ses films Le Mari de la Coiffeuse (1990) et Monsieur Hire (1991). Michael Nyman décroche la timbale en 1993 en composant la musique de La Leçon de Piano de Jane Campion. Le film reçoit la Palme d'or à Cannes, ex aequo avec le somptueux Adieu Ma Concubine de Chen Kaige. Là où Jane Campion nous plonge dans une fresque intimiste où la caresse d'une note de musique flirte avec le souffle d'une respiration languissant sur la nuque d'une femme, Chen Kaige nous offre une fresque tout aussi musicale qu'historique. Il conte la destinée d'un jeune garçon conditionné pour un rôle de femme à l'Opéra de Pékin dans les années 30, héros populaire déchu et shooté à l'opium dans les sombres heures de la Révolution culturelle de 1966. Ce rôle principal est incarné par Leslie Cheung, superstar asiatique depuis suicidée.

Michael Nyman : La Leçon de Piano (1993)

Mais revenons à The Piano, à l'histoire de cette femme muette qui débarque en Nouvelle-Zélande et doit jouer, jour après jour, pour un homme, de plus en plus impatient de passer à l'acte, afin de reprendre possession de son piano. Dans ce film la musique de Michael Nyman tient évidemment un rôle prépondérant. Parfaitement adaptée auclassicisme revisité par la réalisatrice, elle est le juste reflet de la beauté des paysages de Nouvelle-Zélande et des jeux érotiques d'Holly Hunter et Harvey Keitel. Elle est tout aussi esthétisante et contemplative.

La même année Michael Nyman s'illustre en France dans un tout autre registre avec Musique à Grande Vitesse, dominé par la pulsation rythmique et les progressions d'intensité, en concert inaugural du Festival de Lille, ville qui fête l'ouverture de sa nouvelle gare TGV. Cette musique a été une nouvelle fois appelée à la rescousse pour le lancement officiel de la ligne TGV Est à Metz en juin 2007, interprétée par les 12 musiciens du Michael Nyman Band.

Wonderland (1999)

Michael Nyman a, de 1976 à aujourd'hui, composé plus de 75 musiques de films, parmi lesquelles Carrington (1995) de Christopher Hampton, The Ogre (1996) de Volker Schlöndorff, Bienvenue à Gattaca (1997) d'Andrew Niccol, The End of the Affair (1999) de Neil Jordan, The Libertine (2005) de Laurence Dunmore, Wonderland (1999), The Claim (2000) et 9 Songs (2005) de Michael Winterbottom. Si le film Wonderland n'est semble-t-il pas inoubliable, sa musique est réputée comme étant l'une des meilleures signées par Michael Nyman. La même année il a collaboré avec Damon Albarn pour la musique de Ravenous (1999) d'Antonia Bird. Michael Nyman a également composé pour des défilés de mode. Dans le domaine de la danse on lui doit aussi des musiques pour les chorégraphes Siobhan Davies, Lucinda Childs, Karine Saporta et Stephen Petronio.

En 2002, nommé compositeur en résidence pour trois ans au Badisches Staatstheater de Karlsruhe Michael Nyman a livré une nouvelle version de son opéra Facing Goy (2000). Il a écrit Man and Boy : Dada (2004), basé sur la vie de l'artiste dadaïste Kurt Schwitters et, pour compléter ce qu'on pourrait appeler la trilogie de Karlsruhe, un nouvel opéra, Love Counts, en 2005. Michael Nyman a aussi signé un premier Concerto pour violon, créé à Hambourg en 2003 par le violoniste Gidon Kremer. Pour le Ahn Trio il a composé The Photography of Chance, un hommage à l'animateur de la BBC John Peel, créé à Salt Lake City en 2004.

Michael Nyman : Love Counts (MN Records, 2007)

Parmi ses récents travaux figurent deux commandes de la BBC, la première pour le 250ème anniversaire de la naissance de Mozart, la seconde pour le Symphony Orchestra and Chorus de la BBC, dont la première a eu lieu au Barbican en mars 2007. Michael Nyman a écrit un concerto pour percussions pour Colin Currie et un concerto pour violoncelle pour Nina Kotova.

Michael Nyman a lancé son propre label au printemps 2005, MN Records, avec la publication de The Piano Sings, son premier album en solo au piano, suivi de l'opéra Man and Boy : Dada, de The Libertine, sa bande originale de film composée pour Laurence Dunmore et d'une série en trois volumes rassemblant ses compositions les plus connues pour le cinéma sous le titre The Composer's Cut. Son opéra Love Counts a été publié sur MN Records en mars 2007.

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