STEVE REICH

Steve Reich s'inspire du déphasage de bandes magnétiques, du gamelan balinais et du chant hébraïque. En 2014, il nous met sous hypnose acoustique avec radio rewrite, sa dernière oeuvre enregistrée sur disque.

L'oeuvre majeure, City Life (1995) :

En 1995, Steve Reich revient au plus haut avec City Life, pour ensemble instrumental et sampler, une œuvre particulièrement dense qui fait la synthèse de ses recherches musicales et de ses premières expérimentations. Les sonorités du quotidien (klaxons, claquements de portières, des voix interpellants les passants...) font partie intégrante de ce City Life, cette vie urbaine trépidante et répétitive jusqu'à l'absurde.



Early Works

Féru de jazz, Steve Reich (né en 1936) prend ses premiers cours de batterie à 14 ans après avoir vu en concert le batteur Kenny Clarke jouer avec Miles Davis. Cependant, il s'oriente d'abord vers des études en philosophie. Il soutient une thèse sur Ludwig Wittgenstein en 1957. Les travaux sur les jeux de langage de Wittgenstein captèrent aussi l'attention de nombreux artistes conceptuels, de Bruce Nauman notamment.

Après sa thèse de philosophie, Steve Reich prend des cours de composition avec le jazzman Hall Overton puis il se lance dans un nouveau cursus universitaire, musical celui-là : études à la Juilliard School de New York de de 1958 à 1961 (où il rencontre Philip Glass) ; études au Mills College de San Francisco (où enseigne Morton Subotnick) à partir de 1961. Si Steve Reich étudie le dodécaphonisme, ultra-dominant à l'époque, chez lui il écoute John Coltrane qui est alors entré dans sa phase modale. Steve Reich tente de concilier les deux dans un travail de fin d'étude qu'il qualifie de "jazz dodécaphonique"... et de "très mauvais". Il forme à cet effet son propre ensemble, Steve Reich and Musicians, auquel participe le saxophoniste Jon Gibson.

Steve Reich Early Works

En 1964, Steve Reich participe à la première de In C de Terry Riley, l'œuvre fondatrice du minimalisme répétitif en musique. Il commence à fréquenter le San Francisco Tape Music Center et crée ses premières pièces pour bandes magnétiques : It's Gonna Rain en 1965 ; Come Out en 1966, à partir du discours d'un prédicateur noir américain ; Reed Phase, créé pour le saxophoniste Jon Gibson. Dans ces travaux Steve Reich développe pour la première fois la technique du déphasage, diffusant plusieurs bandes magnétiques identiques simultanément, puis les décalant, provoquant ainsi des phénomènes d'écho et de surimpression, jusqu'à obtenir un résultat très différent de l'enregistrement original. Ainsi, les syllabes d'une phrase sont progressivement réagencées et trouvent des sonorités, voire une signification, très différentes. Cette technique devient l'une des caractéristiques de ses compositions.

Vers 1966, Steve Reich quitte San Francisco pour se réinstaller à New York. Il commence à trouver sa voie, mais n'espère pas être appelé par le Carnegie Hall ou par une quelconque institution. Il fait la connaissance d'artistes plasticiens de sa génération, tels que Sol LeWitt et Robert Smithson, qui l'invitent à se produire à la Park Place Gallery de Paula Cooper. Il y présente ses pièces pour bandes, une première fois en 1966 et en 1967. Le public est alors principalement constitué de plasticiens, les seuls compositeurs présents, Phil Corner et James Tenney, étant ceux qui participent à l'interprétation des pièces de Steve Reich. Les artistes baignés dans l'art conceptuel sont alors ses principaux soutiens. Sol LeWitt lui achète plusieurs partitions, dont celle de Four organs. Steve Reich investit l'argent dans l'achat de glockenspiels qui vous lui servir pour Drumming. Bruce Nauman l'aide à obtenir un engagement au Whitney Museum. Richard Serra l'aide également pour ce concert et pour un autre au musée Guggenheim. Le réalisateur Michael Snow fait également partie de cette communauté d'artistes.

Au milieu des années 60 les travaux d'artistes conceptuels tels que Sol Lewitt, Richard Serra et Bruce Nauman sont plus ou moins regroupés sous l'étiquette de minimal art. Ce courant se caractérise surtout par l'utilisation de formes géométriques simples et modulaires. Steve Reich incarne en quelques sortes le pendant musical du minimal art par l'agencement méthodique de ses motifs mélodiques.

De cette période date également Pendulum Music, installation sonore dans laquelle les micros décrivent des mouvements de balanciers au-dessus d'un ampli, créant ainsi des larsens périodiques. A mi-chemin entre sculpture sonore et performance musicale, Pendulum Music fut créé pour la première fois en 1968 par Steve Reich en compagnie du peintre William Wylie, puis en 1969 au Whitney Museum en compagnie d'artistes contemprains tels que Bruce Nauman, Michael Snow, Richard Serra et James Tenney. Cette pièce a été "reconstituée" en 1996 par le Bang on a Can pour le soixantième anniversaire de Steve Reich et en 1999 par Sonic Youth et Jim O'Rourke pour l'album Goodbye 20th Century.

En 1967 David Behrman, qui travaille alors pour Columbia, dirige la publication de New Sounds in Electronic Music, un disque qui regroupe Come Out de Steve Reich, Night Music de Richard Maxfield et I of IV de Pauline Oliveros. David Behrman supervise également Live/Electric Music en 1969, qui contient deux autres œuvres de Steve Reich : Violin Phase et It's Gonna Rain. On peut retrouver ces premières traces discographiques de Steve Reich, les plus expérimentales, sur la compilation Early Works.

Cette période séminale dans l'œuvre de Steve Reich est aussi marquée par sa rencontre avec Moondog. Philip Glass l'héberge en effet pendant 3 mois au cours de l'année 1969. Philip Glass et Steve Reich, très proche à cette époque, ont ainsi l'occasion de travailler avec l'un de leurs "modèles". Ils qualifieront même Moondog de "fondateur du minimalisme". Moondog refusera ce titre, non pas par modestie, mais parce qu'il se considérait comme un héritier direct de la musique contrapuntique des grands classiques (Bach notamment).

Du Ghana à Jérusalem en passant par Bali

Après ses premiers travaux électroacoustiques, Steve Reich s'oriente ensuite vers une musique plus acoustique. Il va chercher de nouvelles influences dans les musiques traditionnelles. Après avoir étudié les percussions au Ghana il se lance dans la composition de ce qui deviendra sa première œuvre majeure : Drumming (1971), entièrement dévolue aux percussions, aux décalages et déphasages. Il étudie ensuite les gamelans balinais qu'il avait découvert à travers le livre du canadien Colin McPhee Music in Bali (1966). De ses études naissent Six Pianos (1973) et Music for Eighteen Musicians (1976) pour ensemble et voix. Continuant sa quête, Steve Reich étudie la cantilation hébraïque, à New York puis à Jérusalem. Il compose Tehillim (1981), pour trois voix de femmes et ensemble instrumental, et le tout aussi fascinant Desert Music (1984), où orchestre et chœur se confondent en des vagues d'accords littéralement étourdissantes, ponctuées de "breaks" salvateurs.

Different Trains (1988) / Electric Counterpoint (1987)

Technologie et urbanité

A la fin des années 80 Steve Reich emploie à nouveau les bandes magnétiques pour Electric Counterpoint (1987) interprété par le guitariste Pat Metheny et surtout pour Different Trains (1988), interprétés par le Kronos Quartet. Avec Different Trains Steve Reich signe l'une de ses plus belles réussites. Sa musique évoque, à travers le thème des transports ferrovières, à la fois le mouvement perpétuel et le totalitarisme. Dans Differents Trains Steve Reich se souvient de ses multiples voyages en train. Au début des années 40, ses parents ayant divorcés, il faisait de fréquents aller-retours entre Los Angeles, où vivait sa mère, et New York, où habitait son père. Different Trains évoque également "les autres trains", ceux qui, au même moment, transportaient les Juifs vers les camps de la mort.

Steve Reich s'engage ensuite dans un vaste projet multimédia. The Cave, composée de 1989 à 1993, est une longue pièce pour ensemble instrumental destinée à être jouée accompagnée par la projection d'une vidéo réalisée par Beryl Korot, la femme de Steve Reich depuis 1976.

En 1995, Steve Reich revient au plus haut avec City Life, pour ensemble instrumental et sampler, une œuvre particulièrement dense qui fait la synthèse de ses recherches musicales et de ses premières expérimentations. Les sonorités du quotidien (klaxons, claquements de portières, des voix interpellants les passants...) font partie intégrante de ce City Life, cette vie urbaine trépidante et répétitive jusqu'à l'absurde.

En 1998, la crème des musiques électroniques des années 90 rend hommage à l'un de ses grands maîtres en participant à l'album Reich Remixed (Nonesuch, 1999). Coldcut, Howie B, Andrea Parker, Tranquility Bass, Mantronik, Nobukazu Takemura, D*Note, Dj Spooky et Ken Ishii, chacun a recréé un nouveau morceau à partir d'une ou plusieurs pièces de Steve Reich. Le résultat est dans l'ensemble très réussi, chacun restant très fidèle à l'esprit des originaux tout en y apposant sa propre personnalité. Cet album semble même se bonifier avec le temps.

Early 2000's

Composé de 1998 à 2002 le triptyque Three Tales est conçu comme une évocation d'un XXème siècle dominé par la technologie. You Are (Variations) en 2004 se situe dans la lignée de Tehillim (1981) et de The Desert Music (1984). Il compose Daniel Variations en 2006 en hommage à Daniel Pearl, le journaliste assassiné par des extrémistes à Karachi en 2002.

2010 voit paraître deux nouvelles œuvres sur un même disque : Double Sextet est belle, sans être une grande surprise. 2X5 est la plus belle collaboration de Bang On A Can et Steve Reich: deux guitares et une basse électrique, une batterie et deux pianos. 2x5 s'apprécie sur disque et plus encore en live, comme on a pu le constater lors de la première française à la Cité des Congrès à Nantes le 3 juillet 2012. Steve Reich & Bang On A Can All Stars ont joué à Nantes Clapping Music (1972), Cello Counterpoint (2003), Piano Phase / Video Phase, Nagoya Guitars (1994), New York Counterpoint (1985) et 2×5 (2008).

WTC 9/11

En 2011 le Kronos Quartet a interprété WTC 9/11 pour la première fois, une évocation des attentats du 11-septembre 2001 contre le World Trade Center. La première pochette ci-dessus, un travail de Masatomo Kuriyaa a fait polémique. Il a fait ses excuses et a changé la pochette pour celle-ci : WTC 9/11.

Radio Rewrite, publié en 2014, est une pièce en cinq mouvements interprétée par l'ensemble Alarm Will Sound. Sur le disque, se trouve également une interprétation d'Electric Counterpoint par Jonny Greenwood, guitariste de Radiohead.

Bibliographie et liens :

© Eric Deshayes - neospheres.free.fr