Les Fronts de Libération de la Pop et du Rock

Au début des années 70 en France, la pop music est le terrain d'une lutte politique contre "la marchandisation du spectacle".

Le FLIP

Maajun et Komintern sont parmi les groupes qui refusent le monde du spectacle et le star-system. En été 1970 des festivals ont lieu à Valbonne, Biot et Aix-en-Provence. Komintern intervient aux festivals de Biot et d'Aix-en-Provence. Les contacts entre Maajun et Komintern aboutissent à la création du FLIP (Front de Libération Internationale de la Pop) en octobre 1970. Son manifeste/tract « a été diffusé dans la quasi totalité de la presse Pop et de la presse de gauche et distribué dans plusieurs concert (octobre 1970). » Il proclame : « Nous sommes un certain nombre dans la Pop à vouloir tirer les leçons de l'été "Pop" 70. Interdits ou tolérés, sabotés ou sabordés, "maudits" [ le festival de Biot ] de toute façon, les festivals ont montré la force du mouvement Pop parmi les jeunes. Le fiasco qu'ont connu les festivals spectaculaires et marchands façon bourgeoise ne signe pas l'échec de la Pop en France. Ce qu'il montre, c'est ce que les jeunes ne veulent plus : pour eux, la Pop, c'est autre chose qu'un marché, c'est une nouvelle façon de vivre qui passe nécessairement par la contestation radicale de la société bourgeoise, de ses lois, de l'aliénation qu'elle sécrète et qui, hydre à mille têtes, nous étouffe tous (...) ». Ces citations sont extraites du chapitre sur le groupe Maajun rédigé par Alain Roux (lui-même membre de Maajun) publié dans l'ouvrage collectif dirigé par Paul Béaud et Alfred Willener Musique et vie quotidienne : essai de sociologie d'une nouvelle culture (Collection Repères - Edition Maison MAME, 1973), pp. 143-144.

Le Front de Libération de la Rock-Music

Le manifeste du de Front de Libération de la Rock-Music est signé en 1971 par les groupes Komintern, Lard Free, Barricade I et II, Herbe Rouge, Robert Wood's Tarot et Alpha du Centaure. Le Front de Libération de la Rock-Music prône une Rock-Music contestataire « en rupture avec la culture bourgeoise dominante ». Le but du collectif est de mener des actions très concrètes : concerts, affiches, tracts, journal... Gilles Yéprémian, producteur / manager de Lard Free et de Komintern, leur offre ses talents d'administrateur et une boîte postale. Le manifeste du Front de Libération de la Rock-Music est restitué dans le livret accompagnant le disque de Barricade Le rire des Camisoles 1969 - 1974 (Futura Red, 2005).

Les scans du manifeste du Front de Libération de la Rock-Music transmis par Gilles Yéprémian : page 1 - page 2

DUPON ET SES FANTÔMES

Le collectif Dupon et ses fantômes est formé en 1976 par Etron Fou Leloublan, Camizole, Mozaïk, Grand Gouia et Nouvel Asile Culturel. Le collectif Dupon et ses fantômes réalisa un bulletin d'informations, organisa deux concerts à Grenoble avec quatre groupes "Dupon". Il est aussi à l'origine du label 9h17 productions. Ce dernier édita, en 1977/78, les deux livres / collages de Dominique Grimaud Un certain Rock (?) français, et, en 1978, le deuxième disque d'Etron Fou Leloublan Les Trois Fou's perdégagnent (Au pays des.), co-édité avec Tapioca, le label de Jean Karakos.

Dupon et ses fantômes préfigure le mouvement Rock In Opposition (R.I.O.), qui, à l'échelle européenne, rassemblera, en 1978 Henry Cow (Angleterre), Etron Fou Leloublan (France), Univers Zero (Belgique), Samla Mammas Manna (Suède) et Stormy Six (Italie).



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