Maninkari

Continuum sonore (Basses Fréquences, 2012)

Maninkari : Continuum sonore (Basses Fréquences, 2012)

Le parcours discographique de Frédéric et d'Olivier Charlot court maintenant sur au moins une douzaine d'années. Pour déceler la première trace il faut s'enfoncer la peur au ventre dans l'univers du film d'horreur avec leur participation à la bande originale de Promenons-nous dans les bois de Lionel Delplanque, avec Clotilde Courau et Clément Sibony, film primé en divers festivals du fantastique. Frédéric et Olivier Charlot forment alors avec le batteur Cyril Moyer le trio Bathyscaphe. Cette trace n'est pas publiée par une officine occulte mais par la major des majors, Universal Music, en 2000 tout rond. Bathyscaphe sort ensuite une autre musique de film, sans film, avec Road Movie (Lykill Records, 2001). L'album suivant, 11034m, d'orientation rock post-millénariste bien marquée, est porté par la joint-venture transatlantique de deux labels, Monopsone et le québécois Where are My records en 2004. Puis le départ du batteur Cyril Moyer met fin à Bathyscaphe. Les frères jumeaux Frédéric et Olivier Charlot se produisent dès lors sous le nom de Maninkari, identité cryptique derrière laquelle doit bien se cacher une anagramme, peut-être leurs moitiés féminines imaginaires : Karin et Iman ? Mystère. Chez Conspiracy Records ils publient les albums Le Diable Avec ses Chevaux (2007), Psychoide / Participation Mystic (2007) et Art Des Poussières (2008). Le titre « Psychoide » bénéficie alors d'un remix par Scanner, autre duo d'expérimentation. Ils publient ensuite Un Souffle de Voix chez Neuropa Records en 2009, puis The Half Forgotten Relic Of A Dream chez three.four Records en 2011.

Dire que Maninkari prolonge toujours et encore une même ambiance de musique de film angoissante, pesante, parfois plus légère mais toujours à l'orée de l'étrange, n'est pas faux, bien qu'un peu court. Lorsque l'on parle « d'ambiance » c'est un univers sonore extrêmement vaste qui se dessine. Il est instrumental (violon, percussions, batterie, piano, cordes pincées de façon non conventionnelle pour obtenir des "dissonances"...). Il est synthétique (le synthé est un instrument, mais peut être un orchestre à lui tout seul). « L'ambiance » peut aussi intégrer, c'est la moindre des choses, des sonorités naturelles (pluies, écoulement d'eau...), des voix humaines (choeurs religieux, chuchotements...).

S'il fallait des noms, des références à qui les comparer, on citerait volontiers deux vieux classiques de 1979 (un hasard divin) : la musique de Nosferatu par Popol Vuh et celle d'Alien par Jerry Goldsmith. Continuum sonore participe au déploiement de cet univers en expansion par six titres, dont l'un de plus d'un quart d'heure. Maninkari laisse s'étendre des glissandi de cordes angoissants, des percussions orientales, un synthétiseur ténébreux, des prolongations de voix dyphonique à peine humaine. Apparaît aussi sur Continuum sonore une pleine volée de cloches d'église.

Avec Maninkari, la mystique ancestrale est rétrofuturiste. Cela entre en conjonction totale avec la baseline de Néosphères : «Les sphères des nouvelles musiques anciennes et postmodernes». Faites mieux que de retenir leur nom, écoutez-les.

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© Eric Deshayes - neospheres.free.fr